Un conservateur en plein relevé de signatures provoque par mégarde la troisième guerre mondiale

Mardi dernier, tandis que le soleil dardait ses derniers rayons, accueillis par les rougisseants toits d’Alberonne comme des compliments à leur endroit, et que les habituels cars de touristes vomissaient leurs troupeaux s’en allant photographier les splendeurs architecturales de la célèbre préfecture des Alpes-Atlantique, Childeric Raffy, directeur du Département du Patrimoine et des Collections Fragiles au SCD de l’UBU, procéde à un relevé de signatures du célèbre Géométrie réduite en une facile et briefve practique, par deux excellens instrumens, dont l’vn est le pantomètre ou compas de proportion de Michel Connette, l’autre est l’usage du compas à huict poinctes inventé par Fabrice Mordente (En Alberonne : Chez Charles Hvlpeav, 1626), entamant l’habituelle litanie du bibliographe « A,… B,… C,… ragnagna, ragnagna ».

Après un instant de silence, pendant lequel il lisse ses soyeuses moustaches qui font la jalousie de toute une profession, il lit son relevé à voix haute : « π4 (= Hh 9-12) A-Z12 Aa-Hh12 (- Hh 9-12». Aussitôt, une déflagration retentit, et des missiles balistiques américains, entreposés en Alberonne depuis la Guerre Froide (sa position stratégique à la confluence de la Garonne et du Rhin, là où les Alpes touchent l’Atlantique, leur avait semblé des plus pertinentes pour avoir l’URSS à portée de frappe), s’envolent en direction de Moscou. Les radars s’affolent, les porte-avions s’emportent, les jeeps jappent.

Le Pantagone tente de tant bien que mal de comprendre d’où vient cet ordre (« You’re such a bad ass » tweete l’orangé président américain à son homologue français) tandis que le Kremlin décide, dans le doute, de riposter en envoyant quelques missiles en Alberonne, afin de retourner la politesse.

Une demi-heure plus tard, un second relevé prononcé par le même Childeric Raffy (« π2 a-d 8-4 A-M 8-4 (± K2) χ2 N-Y 8-4 Z 8 ») désamorce simultanément les missiles russes et américains, et met fin à cette brève, mais intense, troisième guerre mondiale.

Le conservateur a été chaudement félicité par le président de son université, M. Saba (et accessoirement par l’ONU). Il devient par la même occasion le grand favori du prochain prix Nobel de la paix. Qui osera contester désormais la prédominance de la bibliographie matérielle sur les autres disciplines scientifiques ?

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Un commentaire sur “Un conservateur en plein relevé de signatures provoque par mégarde la troisième guerre mondiale

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  1. Ôtez-moi d’un doute : M. Raffy ne serait-il pas Superbib, le défenseur anonyme du monde bibliothéconomique ?

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