Le privé se révolte à force de se faire envahir par les méthodes du secteur public

La révolte commence à sourdre chez nos voisins du privé. La force de frappe du secteur public n’en finissant plus d’impressionner (voir ici ou ), nos méthodes de travail déferlent sur l’Entreprise. Alors que nos façons de penser, parler et agir deviennent la norme, quelques voix isolées commencent à s’élever pour dénoncer cette tendance, qui menacerait ce qui a toujours fait la richesse du privé : la recherche de profit et la liberté d’entreprendre.

    « C’est intolérable, s’insurge Hervé Goodluck, CEO d’une start-up française implantée au Panama. Ça a d’abord commencé par leur vocabulaire, que tout le monde s’est mis à employer sans vergogne ; parce que ça faisait plus chic ou plus sérieux. On s’est ainsi mis à parler d’usagers au lieu de clients, de publics au lieu de cibles, de services au lieu de produits, de retours d’expérience au lieu de feedback, de groupes de travail au lieu de workshops, puis « d’aller voir un peu ce qui se fait ailleurs » en fait de benchmarking. Un matin, un client m’a dit qu’il me donnerait une réponse « dès que possible ». Je n’ai pas compris. Il y a eu un blanc de trente secondes avant qu’il ne se corrige : « euh asap je veux dire ». Mais c’était trop tard. Ce jour-là j’ai compris qu’on était allés trop loin : nos collaborateurs étaient déjà devenus des agents ».

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Hervé Goodluck, un révolutionnaire assis et en marche

    Une prise de conscience partagée par Patrick Poney, Global Account Manager chez Pespi et confondateur, avec M. Goodluck d’un groupe de réflexion à ce sujet («parler de Think Tank, ça aurait été nous tirer une balle dans le pied »). Celui-ci propose de réfléchir au vocabulaire public et de l’employer si seulement cela se justifie. Toutes les pratiques professionnelles publiques sont donc scrupuleusement étudiées, en terme d’intérêt et d’impact pour les agents, avant d’être adaptées. Nous laissons la parole à Patrick, pour le récit d’une descente aux enfers :

« Le vocabulaire public a bientôt contaminé aussi nos pratiques. Le système de grades et de classes, si performant, s’est mis à envahir toutes nos entreprises. J’ai même vu des cas où les primes étaient réparties de manière équitables entre tous, sans tenir compte du rendement de l’agent. On a cessé d’évaluer constamment toutes nos actions. Les pots sont devenus de simples moments conviviaux, et n’étaient plus organisé dans un but de team building. Le design thinking est devenu tellement has been, qu’un jour on s’est moqué de moi lorsque j’ai sorti mes post-it à une réunion. Nos focus groupe ont été remplacés par des enquêtes au public, avec de bons vieux formulaires semi-directifs à remplir. Des fondations sont apparues ici et là pour accompagner nos employés dans leur désir de rejoindre la fonction publique : formations aux concours, ateliers d’accompagnement au changement comme « Comment occuper ses soirées et ses 55 jours de congés ? », etc.

    « Enfin, cela a fini par toucher notre façon de penser. Notre préoccupation première n’a plus été de faire du profit mais de rendre un service, qui se devait d’être d’intérêt général. Sinon, on était la risée de tous, on était has been – pardon, passés de mode. On a essayé de résister tant bien que mal. On a prétendu se soucier du bien être des autres ou de l’impact écologique de nos produits, mais les gens ont vite compris que la RSE ne visait qu’à répondre à une envie d’éthique de nos clients, pardon de nos usagers, en leur vendant davantage ».

    Aujourd’hui les anciens guichets vitrés de la poste ou de la SNCF s’arrachent à prix d’or, et les portraits de fonctionnaires se multiplient dans les médias. « Si à 50 ans t’as pas de Collex, c’est que t’as raté ta vie » a déclaré M. Saba, notre président, dans une interview qui a fait polémique. La ministre de l’enseignement supérieur a elle brisé un tabou en déclarant :  « Les jeunes français doivent avoir envie de devenir fonctionnaires ». Le secteur public n’en finit plus de voler et séduire les plus grands talents du privé, comme un certain Emmanuel M. qui a délaissé une prometteuse carrière de banquier pour entrer dans la fonction publique.

    Nous avons tenu à interroger M. Chanssignon, notre directrice, à ce sujet : « Le secteur privé doit bien comprendre que nous sommes entrés en plein 21e siècle, que le monde bouge, et qu’il va leur falloir s’adapter aux exigence sociales et éthiques d’aujourd’hui, ou dépérir » conclut-elle.

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