Le stagiaire de l’Enssbi ne connaissait pas le Sudoc

En stage à l’UBU depuis quinze jours, Mathieu D., élève-conservateur de l’Enssbi (École nationale supérieure des sciences bibliothéconomique et de l’information) a pris la fuite vendredi, peu avant la fermeture de la bibliothèque Thélème. Pour nos agents, le doute n’était plus possible : le jeune homme ignorait ce qu’est le Sudoc.

« Mardi matin, je lui expliquais le catalogage », témoigne Marguerite Toimpilleux, du département Politique documentaire et Collections. « Tour d’horizon du SIGB, présentation de notre plan de classement, tout allait comme sur des roulettes. Alors je continue, j’ouvre WinIBW. Quand j’ai prononcé le mot Sudoc, j’ai senti comme un flottement. Son regard était vide, sans émotion. Puis je l’ai vu saisir son crayon, ouvrir son carnet à spirales, et écrire en toutes lettres, dans un petit coin de marge : S-U-D-O-Q-U-E. J’ai eu un temps d’arrêt, j’ai failli crier, appeler à l’aide, et puis je ne sais pas, je n’ai pas voulu y croire, alors je lui ai montré comment on exemplarise sans même une remarque. Aujourd’hui, je me sens coupable », avoue-t-elle, bouleversée.

« Nous sommes tous responsables », ajoute Farid, responsable de la documentation électronique à l’Université de Provence-Picardie. En visite à l’UBU mercredi, il pu échanger avec son futur collègue devant la machine à café. « Quand j’ai commencé à parler de l’ABES, je l’ai entendu répondre : « la bès, hamdou lah! » J’ai tiqué quand il a enchaîné en me parlant de ses vacances à Agadir. A l’évidence, quelque chose n’allait pas. »

« Personne n’est responsable », tranche Mme Chanssignon, directrice du SCD. « C’était un excellent dissimulateur, une véritable anguille. Dites-vous que pour arriver jusqu’ici, il lui a fallu tromper le jury lors de l’épreuve de motivation professionnelle du concours externe de conservateur. Qui donc aurait pu le démasquer ? Enfin, sinon moi… »

C’est en effet notre directrice qui a surpris Mathieu D. sur le poste informatique du bureau nomade  vendredi après-midi. « Mes yeux ont survolé l’écran, je l’ai vu taper « SUDOQUE » dans la barre de recherche du navigateur, tâtonner, finir par trouver la page Wikipédia consacrée à l’agence bibliographique. J’aurais dû appeler la sécurité, faire comme si de rien n’était en attendant des renforts, mais je n’ai pas pu me retenir, c’était plus fort que moi, j’ai hurlé : « Mais qu’est-ce que vous faîtes ? » Il s’est retourné, nos regards se sont croisés. Un frisson m’a parcouru l’échine : c’est alors seulement que j’ai compris. »

Il était déjà trop tard. D’un bond, Mathieu avait gagné le couloir et filait vers la sortie. M. Dabo, directeur du département des Services Supports, reçut le premier l’appel de la directrice. « J’étais dans le hall quand mon bip s’est mis à rugir. J’ai vu Mathieu qui courrait vers la porte, je me suis dit : encore un stagiaire de l’Enssbi qui en profite pour nous tirer des goodies « Bib’ de l’UBU » en partant. J’ai couru à ses trousses, je n’ai pas eu de mal à le rattraper, je suis triathlète, lui, ben, il est élève-conservateur, quoi. Mon erreur a été de tenter un placage sur le parking. Il m’a surpris avec un raffut qui m’a fait voir trente-six chandelles. Le temps de me relever, il avait filé. »

La direction des études de l’Enssbi a refusé de répondre aux questions des journalistes. Dans un message adressé à l’agence Presse-France, l’école a déclaré que « rien dans le conduite de cet élève issu du concours externe […] ne laissait présager ce qui devait arriver ». « Sa présentation sur le désherbage m’avait convaincu », reconnaît un enseignant ; « il empruntait beaucoup de très gros livres », témoigne quant à lui l’automate de prêt de la bibliothèque de l’Enssbi. Ses camarades de groupe de projet se souviennent : « Il était très sympa, vraiment. Il y avait bien quelques indices. Qu’il ne sache pas ce qu’est un outil de découverte, passe encore. Quand on l’a vu chercher un article sur la sociologie de la culture sur PubMed, on a commencé à se faire du souci. »

L’ex-stagiaire cours toujours. Un inspecteur en voyage professionnel à Tahiti l’aurait aperçu à Papeete, négociant le prix d’un pirogue. Si vous avez des informations concernant Mathieu D., merci de contacter l’Inspection générale ou, à défaut, la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Attention : si vous reconnaissez cet individu, ne tentez rien par vous-même – il pourrait être armé de pré-notions bibliothéconomiques à l’heure qu’il est.

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5 commentaires sur “Le stagiaire de l’Enssbi ne connaissait pas le Sudoc

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  1. Bonjour,
    Pour votre information, il ne s’agit pas de l’Enssbi, « École nationale supérieure des sciences bibliothéconomique et de l’information » (que personnellement je ne connais pas). Je crois plutôt que vous voulez parler de l’Enssib : Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques.
    Vous ne connaissez pas ?… (je crie ? j’appelle à l’aide ? la sécurité ?)

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  2. Bonjour,
    Je suis celui qui a vendu à Mathieu D. la pirogue dont vous mentionnez la négociation. Nous avons fixé son prix à 130 euros et il s’est éloigné en me disant qu’il partait plein sud, à la pagaie, mais son chèque n’est pas provisionné. Pouvez-vous m’indiquer à qui m’adresser pour résoudre ce fâcheux problème ? Comme j’apprends qu’il était en stage pour l’Enssbi, je suppose que cette école doit me rembourser la somme. Un grand merci d’avance pour votre réponse.

    Aimé par 1 personne

  3. @tous,
    Nous devons vous informer que le stagiaire chargé de la rédaction cet article a quitté notre établissement en milieu de semaine. Il semblerait que le commentaire remettant en cause l’existence de l’Enssbi ait provoqué chez lui une crise identitaire grave – c’est du moins ce que laissent penser son retrait du groupe facebook « Tu sais que tu es bibliothécaire quand… » et sa décision de suspendre sa participation à la prochaine édition de Bibliocycle.
    Bien qu’il ait été reconnu à l’aéroport d’Amsterdam par un agent de l’Inspection Générale, la rumeur selon laquelle l’ex-rédacteur-stagiaire aurait déjà signé un contrat à durée déterminée chez Elvesier, le fameux groupe éditorial, ne semble pas entièrement fondée.
    En vous remerciant pour votre compréhension,
    Les bibliothécaires de l’UBU

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