[Étymologie bibliophile] De quoi « Baguenauder » est-il le nom?

Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique, consacrée à l’étymologie bibliophile et animée par les chercheurs du laboratoire UBU-STIC (Système du Texte Intérieur à Contraintes). Merci à eux, et puisse la libre diffusion des savoirs enrichir l’âme et les actes de tout un chacun.

Baguenauder : verbe intransitif.Sens premier : flirter, se marier avec un-e bibliothécaire. Par ext., toute interaction intime entre deux (ou plus) membres des personnels de la filière des bibl., catégorie A, B ou C, territoriale, d’Etat ou hospitalière. Sociol. : cas particulier d’homogamie dans les métiers du livre. Ex. : « On baguenauderait pas un peu ensemble ce soir? » (Propos entendus dans les couloirs du SCD  de l’UBU). Etym. : deux principales hypothèses sont employées pour la formation du verbe « baguenauder », mais elle concourent sur un point, « nauder » est une référence à Gabriel Naudé (1600-1653), qui, pour alimenter la bibliothèque de Mazarin parcourt les Flandres, la Rhénanie, la Suisse l’Italie et l’Angleterre pendant plusieurs années. C’est après que les spécialistes divergent : une première tradition d’historiens très représentée à l’Université insiste surtout sur l’attachement sincère et indéniable de Naudé pour le livre rare : ainsi M. Charles de Marouflet, professeur à l’Université MacGillette (Canada) propose : « Baguenauder, c’est avoir consacré sa vie à la quête de livres précieux, pour adopter la bague du mariage sans faille mais non sans difficultés avec cette exigeante fiancée« . Cette reformulation a longtemps dominé parmi les étymologistes de l’époque Moderne et elle est souvent mentionnée aujourd’hui encore. Une autre tradition assez ancienne fait de la baguenaudée un à-côté de la recherche bibliophilique qu’elle assimile surtout à un prétexte au goût affirmé de Gabriel Naudé pour des pratiques licencieuses, au gré des auberges et des lieux clos, particulièrement les monastères bénédictins. Le principal élément qui a gonflé le dossier de cette légende noire est fourni par Guy Patin-Couffin qui écrit dès 1652, après la saisie des biens de Naudé par les Frondeurs : « on vend toujours ici la bibliothèque de ce rouge tyran [Mazarin] qui a surtout servi l’intérest du vert galant [Naudé]; 16 000 volumes en sont déjà sortis, c’est à peine un pour chaque once de foutre du collecteur. Tout Paris y va, comme à la procession, les uns pour le cardinal bienfaiteur les autres pour le vaguemestre bienfouteur« .

Dans le cadre du rendez-vous annuel Etymo-logique organisé en 2018 par le laboratoire UBU-STIC les différents courants de la recherche vont tenter de recoller les morceaux de cette histoire épineuse. 

Un commentaire sur “[Étymologie bibliophile] De quoi « Baguenauder » est-il le nom?

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  1. mais n’oublions pas le sens réel du mot baguenauder s’amuser à faire des choses frivoles comme des enfants qui ne veut pas dire  » faire des enfants  » …. ou perdre son temps à faire des choses inutiles ciao Betty

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